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Archive mensuelle de novembre 2015

Blur, ou comment enchaîner les chefs-d’oeuvres l’air de rien

The Great Escape fut donc le deuxième disque de Blur que j’écoutai.

Parenthèse : excusez-moi d’avance pour l’usage de ce passé simple assez pompeux, mais je raconte une histoire, et je trouve que ce temps est le plus adapté pour ça (hashtag ORIGINALITE). Mmmm attendez, je vais essayer le passé composé pour voir, c’est plus passe-partout.

The Great Escape a donc été le deuxième disque de Blur que j’ai écouté.

Bon, ça va, ça passe aussi, moins emphatique en plus, allez mettons que je m’autorise les deux.

Là encore, j’ai eu une révélation. The Universal me donne toujours la chair de poule quand je l’écoute aujourd’hui, Charmless Man est un bijou d’orfèvrerie pop, To The End (la version avec Françoise Hardy, piste bonus!) vous fait vous sentir complètement amoureux même quand vous êtes dans le RER C par un petit matin gris pour aller au turbin, He Thought Of Cars vous emmène dans un lointain voyage fantasmagorique, aucune chanson là-dessus n’est à jeter, pas même la gentiment WTF Ernold Same.

La suite, ce fut l’achat coup sur coup de Parklife et de Modern Life Is Rubbish (ô ce titre! ce titre!), à la Fnac Parly 2 où j’étais en compagnie de ma grand-mère (ce sont les petits détails inutiles qui donnent du sel aux belles histoires, non?). L’album éponyme aussi, celui à la couverture orangée.

Je ne saurais dire combien de milliers de fois j’écoutai tout ça en boucle, combien de larmes j’ai versées en écoutant You’re So Great (une des chansons d’amour les plus émouvantes que je connaisse). Badhead ou End Of A Century sont les hymnes tellement pertinents d’une génération fin-de-vingtième-siècle désenchantée (Mylène F. me pardonnera cet emprunt à son vocabulaire), This Is A Low vous fait dresser tous les poils du corps, Beetlebum sonne comme une gueule de bois avec une lueur d’espoir, Strange News From Another Star vous emmène dans les paysages lunaires d’Islande, Death Of A Pary suinte le malaise adolescent de façon terriblement juste. Sur MLIR, la si accrocheuse For Tomorrow avec ses la la la (une de leurs marques de fabrique, ces la la la délicieusement ironiques), Oily Water sur leurs lendemains de cuite difficiles (les mecs ne carburaient pas qu’à l’Evian), Advert et son ambiance de fourmilière urbaine, Villa Rosie avec tous ces jeunes paumés qui se rassemblent pour faire la fête parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer… Et puis toujours ces une-ou-deux chansons punk totalement hors de contrôle comme sur tous leurs albums, Albarn qui hurle (Chinese Bombs, Movin’On, Bank Holiday, Jubilee…) mais la mélodie, absolument parfaite, est toujours là. On peut toujours fredonner tout ça sous la douche, et mon oreille très pop est sensible à ce point primordial.

Avec la sortie de l’album 13, ce fut plus compliqué au début. C’est le premier des albums de Blur que j’ai acheté au moment où il est sorti, autant vous dire que j’étais frétillante comme une sardine fraîchement pêchée, c’était enfin mon moment. Tous les albums précédents étaient parus pendant mon enfance, j’avais rattrapé mon retard par la suite. Lorsque 13 est sorti, j’avais 12 ans. Je l’ai inséré religieusement dans ma mini-chaîne (celle-là même que j’avais reçue en cadeau pour mes 7 ans, cf épisodes précédents).

Et là, je ne dirais pas « déception », non, car je sentais bien que tout cela restait d’une grande qualité artistique. Simplement, pour une oreille pop de fille de 12 ans, les deux ou trois premières écoutes de cet album moins accessible sont un peu déroutantes. Il y avait de la recherche là-dessus, des frontières franchies, une volonté farouche de ne pas se laisser enfermer dans un son, dans une image, celle des gentils garçons pop qui chantent des la la la. Ils sont tellement plus que ça, mais ça on le savait déjà avant 13. Enfin, ils ont opéré une mue, sont devenus adultes, ont lâché les oripeaux britpop devenus hors de propos -ils ne prendront jamais une seule ride cela dit, je tiens à le dire au passage.

Cette petite perplexité fut passagère, et ne m’empêcha pas d’adorer l’album par la suite. Un album post-rupture absolument déchirant, qui tirerait des larmes à une pierre, mais qui pour autant ne sombre jamais dans le premier degré bébête du « ouin ouin j’ai le coeur brisé », qui garde toujours une classe, une distance, même quand on est au plus près de l’os. La chanson punk est toujours là, repère presque rassurant (B.L.U.R.E.M.I.), une beauté éthérée et bizarre nimbe Mellow Song ou encore Trimm Trabb. Coffee And TV, c’est la note d’espoir qui elle aussi est toujours présente quelque part; Tender, l’hymne à chanter à gorge déployée avec une bande d’amis qui jouent les durs et les marioles mais restent des humains gouvernés par leurs émotions. Tender c’est être terriblement amoureux d’une personne qui nous a quitté ou qu’on a quitté, c’est continuer à chanter quand même, à sourire quand même, comme le sang chaud de la vie qui coule malgré tout.

Ce lyrisme devient gênant, continuons.

Think Tank est l’album d’après, il est à part. Le guitariste Graham Coxon s’était barré avec pertes et fracas pour aller soigner ses problèmes d’addictions (la vie des rock stars), les relations dans le groupe étaient détériorées, il y avait un disque à enregistrer pour honorer un contrat. Malgré ces circonstances compliquées, l’album est bon. Les trois larrons restants sont allés l’enregistrer en partie au Maroc, et cela se sent, il y a des instruments un peu inhabituels, un peu exotiques. L’ambiance est sombre (Caravan, Battery In your Leg sont poignantes pour n’en citer que deux), mais la petite note d’espoir s’accroche indécrottablement. Sweet Song est une adorable berceuse à chanter à son petit enfant en lui caressant les cheveux (faites-moi penser à chanter doucement Sweet Song le soir à mes enfants lorsque j’en aurai). Crazy Beat, c’est la Song 2 de ce disque, un chien dans un jeu de quilles, du genre power pop vénère suffisamment mélodique pour passer en radio.

Maintenant que vous avez gaspillé un temps non négligeable de votre vie à lire le roman qui a précédé, laissez-moi vous dire ici à nouveau : A SUIVRE… vous pouvez reprendre vos activités!

Ca va, mais en fait non

Tout le monde et sa mère y a déjà été de son texte sur les attentats, moi-même j’ai longuement réfléchi au topo que j’allais pondre là-dessus. Mais je n’y arrive pas.

Ca fait maintenant une semaine que je vais au-devant de l’horreur, que je m’y plonge volontairement, en lisant tous les témoignages pétrifiants d’atrocité des rescapés, en regardant les infos, ça fait une semaine que je suis littéralement hypnotisée. Alors même que ça me fait énormément de mal de m’exposer à tout ça, j’y reviens sans cesse : hypnotisée, oui. Les jambes qui flageolent, une vague nausée permanente, les maux de ventre, la tête comme enveloppée de coton, les pieds qui semblent ne plus toucher terre et me portent tout seuls sans que je les commande vraiment.

Vas-y pour reprendre une vie normale après ça. Retourne au boulot, accomplis tes tâches quotidiennes, montre-toi de bonne humeur et souriante, comme d’habitude. Sauf que non… et pourtant, aucun de mes proches n’a rien eu, j’ai cette chance.

Vendredi soir, j’étais à une fête dans une grande maison à la campagne, les garçons regardaient le match de foot, puis les actus sont tombées. J’ai tout de suite envoyé des messages (galère totale vu le manque de réseau et le fait que je venais de péter mon téléphone) à mon papa, ma maman, ma petite sœur, mon petit frère. Ma mère m’a tout de suite appelée, elle n’avait pas encore eu les nouvelles (ils ont eu un petit retard à l’allumage sur France Inter apparemment). Les rassurer, rassurer ceux que j’aime, et bon sang tu te rends tellement compte dans ces moments-là à quel point tu les aimes.

En état de choc, j’avais le choix entre deux alternatives : rester scotchée à BFMTV et faire de mon week-end festif un voyage au bout de l’horreur, ou bien me mettre la cuitasse-les-bananas que j’étais venue me mettre avec mes potes. J’ai choisi délibérément la seconde option et suis allée danser comme une folle en hurlant sur toutes les chansons, les yeux fermés très fort, les poings serrés, en sueur. Comme une espèce de minuscule, dérisoire acte de résistance, je me suis forcée à m’amuser, à vivre pleinement.

Le retour à Paris le dimanche soir dans une atmosphère à couper au hachoir a été un moment plutôt désagréable, tout comme la reprise du boulot le lendemain matin -et le petit reste de gueule de bois n’y était pour rien, pour une fois.

Il y a un truc que j’ai ressassé ces derniers jours, c’est que j’aime mon pays. C’est abominablement cliché, on se croirait dans un film d’action américain avec tout le monde la main sur le cœur, mais c’est pourtant ce que je ressens : la France, c’est un pays de cons, parfois j’ai très envie d’en partir, mais c’est MON pays et je l’aime.

J’aime la France pour la Normandie. J’aime la France pour la Bretagne, j’aime la France pour l’Auvergne. Pour l’Ardèche, pour la Drôme. J’aime la France pour Paris aussi, un peu, parce que ça a beau être une grande ville toute polluée, ça reste une putain de belle ville. J’aime la France pour le fromage -évidemment! J’aime la France pour la tarte aux pommes et pour le vin, pour le bœuf bourguignon, j’aime la France pour le champagne -évidemment, bis. J’aime la France pour Emile Zola, pour Gustave Flaubert, j’aime la France pour Monet et Cézanne, pour Georges Brassens et pour 1789, pour les terrasses de café, pour le bon pain et l’odeur des croissants en passant devant les boulangeries le matin. J’aime la France pour son mauvais esprit, pour sa mécréance (j’aime la France pour la loi de 1905), j’aime la France pour l’apéro et pour les châteaux de la Loire.

Voilà exactement l’état d’esprit dans lequel je suis :

http://www.girlsandgeeks.com/2015/11/17/cetait-pas-moi/

Et voilà ce qui a bien failli me faire pleurer pour la énième fois (oui, je sais, toujours la même vidéo qu’on voit en boucle partout, le petit garçon et son papa trop mignons…) :

On dirait bien que j’ai fini par le pondre, ce topo personnel sur les attentats, d’une traite, ça c’est fait. Fluctuat nec mergitur, demain est un autre jour.

Shake your money maker, you feminist

Euh… il faudra m’expliquer en quoi montrer ses fesses pour vendre de la « musique » qu’on n’a ni écrite, ni composée, ni jouée, ni produite soi-même est un acte féministe?

(non je dis ça parce que j’ai lu et entendu çà et là que des dames comme Beyoncé, Rihanna, Miley Cyrus, ou même cette pauvre Madonna qui devient extrêmement gênante, étaient des féministes, passque nan mais tu comprends, elles au moins bah elles osent montrer leur corps et tout)

(ahhhh ok c’est vrai que se servir de son décolleté pour gagner de la thune c’est rendre service à la cause des femmes, pardon j’avais oublié, suis-je bête)

(non et puis c’est vrai que c’est tellement original et que ça n’est absolument pas une grosse ficelle éculée depuis 1234 avant JC)

C’était notre rubrique petit coup de gueule du soir, bonsoir.

Loisir, par Flou

Je devais avoir 10 ou 11 ans, je crois plutôt 11. J’étais chez mon papa pendant des vacances scolaires, et cet après-midi-là je m’ennuyais. Pour m’occuper, il m’a donné un CD à écouter.

Sur la pochette, on voyait un visage de femme en photo, une jeune femme coiffée d’un bonnet de bain à fleurs, souriante et maquillée; les couleurs étaient un peu poussées, volontairement criardes, surtout le bleu omniprésent. En jaune, un logo tout en rondeurs annonçait ce nom : Blur.

Jusqu’à ce jour précis -et ce n’est pas une figure de style, il y a vraiment eu un avant et un après- mon rapport à la musique avait été tout autre.

Chez mes parents lorsqu’ils vivaient encore ensemble et que j’étais toute petite, puis chez ma mère, chez mon père, et aussi chez mon oncle où nous allions encore relativement souvent à l’époque, j’entendais souvent de la musique. Et même si alors j’aimais déjà ce que j’entendais, je ne me suis rendue compte que plus tard que c’était de la bonne musique : les Stranglers et Kate Bush dans mes tout premiers souvenirs, puis les Beatles, David Bowie, les Rolling Stones. J’entendais et ça ne m’était pas désagréable, mais je n’écoutais pas encore.

Pour mes 7 ans, on m’a offert une mini-chaîne, et mon papa m’a donné quelques CD, je crois qu’il y avait une compil de Sting, et aussi le CD 2-titres avec la valse de Chostakovitch qui passait en boucle à l’époque; je reçus également un CD de musiques Disney, qui a fait nos délices avec ma sœur pendant des années -il doit traîner encore chez notre mère, probablement tout rayé.

Puis, nous avons emménagé près de Bordeaux, à l’été 1995; et, je ne sais pas pourquoi, c’est à ce moment-là que j’ai commencé à écouter de la musique. Au moment de mes 8 ans donc. Or au début, ce ne fut pas glorieux : Pascal Obispo venait de sortir son célèbre « Tombé pour elle » dont je m’étais entichée et que j’écoutais en boucle. La face B du single était une chanson triste qui s’appelait, quelque chose comme « Ma consolation », et que j’écoutais religieusement en pleurant seule dans ma chambre car mon père me manquait abominablement. Mais l’été 1995 ce fut aussi la sortie de l’album « D’eux » de Céline Dion.

Ah, Céline Dion! J’étais complètement fan. Des heures et des heures entières à écouter sans cesse du Céline Dion, d’abord cet album ad nauseam, puis « On ne change pas » et autres « S’il suffisait qu’on s’aime ».

Donc, ce jour-là lorsque mon papa me donna « Leisure » à écouter pour me faire passer le temps, j’en étais là de mes goûts musicaux.

« Leisure » passe pour le plus mauvais, ou en tous cas le moins bon, album de Blur. Il n’empêche que son écoute me fit l’effet d’une claque, qui me retourna le cerveau définitivement. Je trouvai instantanément cette musique merveilleuse. Ces mélodies impeccables, ce son de guitare poisseux tout droit sorti d’une banlieue de briques rouges à l’accent cockney, ces coupes au bol, ces Doc Martens, cette voix aigre-douce, tout m’a séduite, tout m’a charmée.

Je réclamai aussitôt à mon papa de me faire écouter autre chose de ce groupe, il avait en stock l’album « The Great Escape », avec sa couverture bleue aussi, et ces bellâtres folâtrant sur un bateau dans une image façon brochure d’agence de voyages.

A suivre… (CLIFFHANGER!)




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