Ca va, mais en fait non

Tout le monde et sa mère y a déjà été de son texte sur les attentats, moi-même j’ai longuement réfléchi au topo que j’allais pondre là-dessus. Mais je n’y arrive pas.

Ca fait maintenant une semaine que je vais au-devant de l’horreur, que je m’y plonge volontairement, en lisant tous les témoignages pétrifiants d’atrocité des rescapés, en regardant les infos, ça fait une semaine que je suis littéralement hypnotisée. Alors même que ça me fait énormément de mal de m’exposer à tout ça, j’y reviens sans cesse : hypnotisée, oui. Les jambes qui flageolent, une vague nausée permanente, les maux de ventre, la tête comme enveloppée de coton, les pieds qui semblent ne plus toucher terre et me portent tout seuls sans que je les commande vraiment.

Vas-y pour reprendre une vie normale après ça. Retourne au boulot, accomplis tes tâches quotidiennes, montre-toi de bonne humeur et souriante, comme d’habitude. Sauf que non… et pourtant, aucun de mes proches n’a rien eu, j’ai cette chance.

Vendredi soir, j’étais à une fête dans une grande maison à la campagne, les garçons regardaient le match de foot, puis les actus sont tombées. J’ai tout de suite envoyé des messages (galère totale vu le manque de réseau et le fait que je venais de péter mon téléphone) à mon papa, ma maman, ma petite sœur, mon petit frère. Ma mère m’a tout de suite appelée, elle n’avait pas encore eu les nouvelles (ils ont eu un petit retard à l’allumage sur France Inter apparemment). Les rassurer, rassurer ceux que j’aime, et bon sang tu te rends tellement compte dans ces moments-là à quel point tu les aimes.

En état de choc, j’avais le choix entre deux alternatives : rester scotchée à BFMTV et faire de mon week-end festif un voyage au bout de l’horreur, ou bien me mettre la cuitasse-les-bananas que j’étais venue me mettre avec mes potes. J’ai choisi délibérément la seconde option et suis allée danser comme une folle en hurlant sur toutes les chansons, les yeux fermés très fort, les poings serrés, en sueur. Comme une espèce de minuscule, dérisoire acte de résistance, je me suis forcée à m’amuser, à vivre pleinement.

Le retour à Paris le dimanche soir dans une atmosphère à couper au hachoir a été un moment plutôt désagréable, tout comme la reprise du boulot le lendemain matin -et le petit reste de gueule de bois n’y était pour rien, pour une fois.

Il y a un truc que j’ai ressassé ces derniers jours, c’est que j’aime mon pays. C’est abominablement cliché, on se croirait dans un film d’action américain avec tout le monde la main sur le cœur, mais c’est pourtant ce que je ressens : la France, c’est un pays de cons, parfois j’ai très envie d’en partir, mais c’est MON pays et je l’aime.

J’aime la France pour la Normandie. J’aime la France pour la Bretagne, j’aime la France pour l’Auvergne. Pour l’Ardèche, pour la Drôme. J’aime la France pour Paris aussi, un peu, parce que ça a beau être une grande ville toute polluée, ça reste une putain de belle ville. J’aime la France pour le fromage -évidemment! J’aime la France pour la tarte aux pommes et pour le vin, pour le bœuf bourguignon, j’aime la France pour le champagne -évidemment, bis. J’aime la France pour Emile Zola, pour Gustave Flaubert, j’aime la France pour Monet et Cézanne, pour Georges Brassens et pour 1789, pour les terrasses de café, pour le bon pain et l’odeur des croissants en passant devant les boulangeries le matin. J’aime la France pour son mauvais esprit, pour sa mécréance (j’aime la France pour la loi de 1905), j’aime la France pour l’apéro et pour les châteaux de la Loire.

Voilà exactement l’état d’esprit dans lequel je suis :

http://www.girlsandgeeks.com/2015/11/17/cetait-pas-moi/

Et voilà ce qui a bien failli me faire pleurer pour la énième fois (oui, je sais, toujours la même vidéo qu’on voit en boucle partout, le petit garçon et son papa trop mignons…) :

On dirait bien que j’ai fini par le pondre, ce topo personnel sur les attentats, d’une traite, ça c’est fait. Fluctuat nec mergitur, demain est un autre jour.

4 Réponses à “Ca va, mais en fait non”


  • Non, mais tu veux que je laisse quoi comme commentaire là ? Bien sûr cela me touche, nous avons tous vécu ces évènements différemment et de façon tellement proches … C’est tellement important d’en parler et de se raconter tout cela …

  • C’est sans aucun doute l’effet souhaité par ces aliénés ( mot pesé) : nous hypnotiser, c’est à dire nous mettre en état de non-vie, soumis à une volonté  » supérieure « .

    Antidote : alléger les doses d’infos au minimum requis pour être au courant sans pour autant baigner dans le malheur qui c’est abattu sur d’autres que nous, effectivement, et ne pas se sentir coupable, sourtout, d’être en vie.

    Beaucoup de survivants des camps d’extermination se sont finalement suicidés après , comme si bien que vivants, ils étaient morts à eux mêmes( Primo Levi ).Le courage, c’est peut être de vivre, malgré tout, pour le temps qui nous reste , sans laisser à personne le droit d’en décider à notre place.

  • PS : bien sûr , c’est facile à dire et je suis moi même peureuse , mais crotte, c’est bon de s’exprimer !

  • Tu as bien raison, ces jours-ci je lis beaucoup moins tout ce qui passe à ma portée sur ce sujet-là. Je me concentre sur d’autres choses, je me recentre sur ma vie et mes projets! Ravie de te voir apparaître dans mon petit lectorat, des bisous :)

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