Blur, ou comment enchaîner les chefs-d’oeuvres l’air de rien

The Great Escape fut donc le deuxième disque de Blur que j’écoutai.

Parenthèse : excusez-moi d’avance pour l’usage de ce passé simple assez pompeux, mais je raconte une histoire, et je trouve que ce temps est le plus adapté pour ça (hashtag ORIGINALITE). Mmmm attendez, je vais essayer le passé composé pour voir, c’est plus passe-partout.

The Great Escape a donc été le deuxième disque de Blur que j’ai écouté.

Bon, ça va, ça passe aussi, moins emphatique en plus, allez mettons que je m’autorise les deux.

Là encore, j’ai eu une révélation. The Universal me donne toujours la chair de poule quand je l’écoute aujourd’hui, Charmless Man est un bijou d’orfèvrerie pop, To The End (la version avec Françoise Hardy, piste bonus!) vous fait vous sentir complètement amoureux même quand vous êtes dans le RER C par un petit matin gris pour aller au turbin, He Thought Of Cars vous emmène dans un lointain voyage fantasmagorique, aucune chanson là-dessus n’est à jeter, pas même la gentiment WTF Ernold Same.

La suite, ce fut l’achat coup sur coup de Parklife et de Modern Life Is Rubbish (ô ce titre! ce titre!), à la Fnac Parly 2 où j’étais en compagnie de ma grand-mère (ce sont les petits détails inutiles qui donnent du sel aux belles histoires, non?). L’album éponyme aussi, celui à la couverture orangée.

Je ne saurais dire combien de milliers de fois j’écoutai tout ça en boucle, combien de larmes j’ai versées en écoutant You’re So Great (une des chansons d’amour les plus émouvantes que je connaisse). Badhead ou End Of A Century sont les hymnes tellement pertinents d’une génération fin-de-vingtième-siècle désenchantée (Mylène F. me pardonnera cet emprunt à son vocabulaire), This Is A Low vous fait dresser tous les poils du corps, Beetlebum sonne comme une gueule de bois avec une lueur d’espoir, Strange News From Another Star vous emmène dans les paysages lunaires d’Islande, Death Of A Pary suinte le malaise adolescent de façon terriblement juste. Sur MLIR, la si accrocheuse For Tomorrow avec ses la la la (une de leurs marques de fabrique, ces la la la délicieusement ironiques), Oily Water sur leurs lendemains de cuite difficiles (les mecs ne carburaient pas qu’à l’Evian), Advert et son ambiance de fourmilière urbaine, Villa Rosie avec tous ces jeunes paumés qui se rassemblent pour faire la fête parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer… Et puis toujours ces une-ou-deux chansons punk totalement hors de contrôle comme sur tous leurs albums, Albarn qui hurle (Chinese Bombs, Movin’On, Bank Holiday, Jubilee…) mais la mélodie, absolument parfaite, est toujours là. On peut toujours fredonner tout ça sous la douche, et mon oreille très pop est sensible à ce point primordial.

Avec la sortie de l’album 13, ce fut plus compliqué au début. C’est le premier des albums de Blur que j’ai acheté au moment où il est sorti, autant vous dire que j’étais frétillante comme une sardine fraîchement pêchée, c’était enfin mon moment. Tous les albums précédents étaient parus pendant mon enfance, j’avais rattrapé mon retard par la suite. Lorsque 13 est sorti, j’avais 12 ans. Je l’ai inséré religieusement dans ma mini-chaîne (celle-là même que j’avais reçue en cadeau pour mes 7 ans, cf épisodes précédents).

Et là, je ne dirais pas « déception », non, car je sentais bien que tout cela restait d’une grande qualité artistique. Simplement, pour une oreille pop de fille de 12 ans, les deux ou trois premières écoutes de cet album moins accessible sont un peu déroutantes. Il y avait de la recherche là-dessus, des frontières franchies, une volonté farouche de ne pas se laisser enfermer dans un son, dans une image, celle des gentils garçons pop qui chantent des la la la. Ils sont tellement plus que ça, mais ça on le savait déjà avant 13. Enfin, ils ont opéré une mue, sont devenus adultes, ont lâché les oripeaux britpop devenus hors de propos -ils ne prendront jamais une seule ride cela dit, je tiens à le dire au passage.

Cette petite perplexité fut passagère, et ne m’empêcha pas d’adorer l’album par la suite. Un album post-rupture absolument déchirant, qui tirerait des larmes à une pierre, mais qui pour autant ne sombre jamais dans le premier degré bébête du « ouin ouin j’ai le coeur brisé », qui garde toujours une classe, une distance, même quand on est au plus près de l’os. La chanson punk est toujours là, repère presque rassurant (B.L.U.R.E.M.I.), une beauté éthérée et bizarre nimbe Mellow Song ou encore Trimm Trabb. Coffee And TV, c’est la note d’espoir qui elle aussi est toujours présente quelque part; Tender, l’hymne à chanter à gorge déployée avec une bande d’amis qui jouent les durs et les marioles mais restent des humains gouvernés par leurs émotions. Tender c’est être terriblement amoureux d’une personne qui nous a quitté ou qu’on a quitté, c’est continuer à chanter quand même, à sourire quand même, comme le sang chaud de la vie qui coule malgré tout.

Ce lyrisme devient gênant, continuons.

Think Tank est l’album d’après, il est à part. Le guitariste Graham Coxon s’était barré avec pertes et fracas pour aller soigner ses problèmes d’addictions (la vie des rock stars), les relations dans le groupe étaient détériorées, il y avait un disque à enregistrer pour honorer un contrat. Malgré ces circonstances compliquées, l’album est bon. Les trois larrons restants sont allés l’enregistrer en partie au Maroc, et cela se sent, il y a des instruments un peu inhabituels, un peu exotiques. L’ambiance est sombre (Caravan, Battery In your Leg sont poignantes pour n’en citer que deux), mais la petite note d’espoir s’accroche indécrottablement. Sweet Song est une adorable berceuse à chanter à son petit enfant en lui caressant les cheveux (faites-moi penser à chanter doucement Sweet Song le soir à mes enfants lorsque j’en aurai). Crazy Beat, c’est la Song 2 de ce disque, un chien dans un jeu de quilles, du genre power pop vénère suffisamment mélodique pour passer en radio.

Maintenant que vous avez gaspillé un temps non négligeable de votre vie à lire le roman qui a précédé, laissez-moi vous dire ici à nouveau : A SUIVRE… vous pouvez reprendre vos activités!

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