Observations personnelles sur ce que c’est qu’être parent

Alors, ça fait quoi ? C’est comment ? Honnêtement hein, sans rien cacher, tu peux tout nous dire. C’est si bien que ça ? « Que du bonheur », comme disent les émissions de télé ? Ou alors un enfer sur terre ?

J’ai le sentiment que les nullipares (pardonnez-moi mes amis pour ce mot atroce !) sont parfois curieux de tout ça, tout ce truc mystérieux et banal à la fois, la vie de parent. Comment est la vie, et comment te transformes-tu, toi, en tant que personne, quand tu t’es reproduit et que tu assumes la responsabilité de l’être humain que tu as créé. Je comprends parfaitement cette curiosité, et je voulais m’amuser à donner mes quelques impressions ; bien sûr elles sont tout à fait personnelles, et ne résultent que de ma bien faible expérience de mère d’un seul enfant, âgé de même pas deux ans.

On entend des clichés, des lieux communs, des grandes phrases larmoyantes sur l’amour absolu et le bonheur enfin trouvé.

En un sens elles sont vraies, mais évidemment, cela n’interdit pas les nuances !

Je n’ai jamais autant compris les gens qui ne veulent pas avoir d’enfant. Non pas parce que je regrette moi-même d’en avoir eu un (ça serait bête vu que j’attends le deuxième), mais parce que maintenant, je sais. Si tu n’es pas prêt à 100% à sacrifier ta liberté (au profit d’un profond bonheur on est d’accord ! mais d’une autre nature…bref), ne le fais pas. Vraiment.

En fait, on a beau te dire « tu verras, c’est du boulot », « tu verras, c’est pas facile », « tu seras crevé tout le temps », le fait est que, tant que tu ne l’as pas vécu, ça reste quand même abstrait, même si tu fais des efforts pour te le représenter.

Je croyais connaître ce que c’est qu’être débordé, ne pas avoir de temps pour soi ? Hahahahahaha.

Je croyais savoir ce que ça fait d’être inquiet pour quelqu’un qu’on aime ? Hahahahahahahahahaha.

Je croyais connaître la fatigue ? HahahahahahahahahahahaHAHAHAHAHAHAHAHAHAH….. (bref, vous avez compris l’idée).

Être sur le qui-vive 24h/24 (littéralement. C’est-à-dire que même en pleine nuit quand je dors profondément, si jamais l’enfant émet un petit éclat de voix fugace de l’autre côté de la cloison, instantanément je m’éveille, les sens en alerte, tout entière tendue vers la source de ce faible bruit tel un chien de chasse à l’arrêt.) induit en effet une forme nouvelle de fatigue, que je ne connaissais pas, à la fois physique et psychologique. Tu ne peux souffler que le soir quand tu as couché le mioche, et encore, tu sais que s’asseoir sur le canapé se fait au détriment de la lessive ou de vider le lave-vaisselle.

La liberté d’aller et venir à sa guise disparaît. Partir en week-end à l’improviste, aller se faire un resto, prévoir quoi que ce soit même la plus insignifiante des sorties… dans le meilleur des cas on s’organise soit pour emmener le mioche (et alors, bon courage une fois sur place, hin hin) soit pour le faire garder (bien plus facile à dire qu’à faire quand on n’a personne sous la main comme c’est notre cas la plupart du temps), soit on y renonce.

On me disait souvent qu’être parent, c’était être inquiet tout le temps. Je ne dirais pas ça. Je dirais que, quand on est inquiet (pas tout le temps non plus, faut pas exagérer), on n’est pas inquiet. On est terrorisé. Une fois, je suis allée avec ma fille descendre les sacs du tri sélectif. Les conteneurs sont situés en bas de l’immeuble au bord de la route. Après lui avoir copieusement intimé de rester collée à moi, j’ai entrepris de vider les bouteilles en verre et autres plastiques et cartons. J’ai dû la quitter des yeux environ 1 seconde et demie, pendant laquelle elle a disparu de mon champ de vision. Eh bien je peux vous dire, avant que je ne la revoie (allez disons, environ une autre seconde et demie plus tard), là comme ça sur le bord de la route sans voir mon enfant, j’étais dans un état de terreur absolue, profonde, viscérale. Non, on n’est pas juste inquiet quand on est parent. On est beaucoup plus que ça.

Tu te sens coupable tout le temps, pour un oui pour un non, pour la manière dont tu as répondu un peu sèchement, ou pour la sévérité dont tu as fait preuve en telle occasion, ou au contraire quand après coup tu te dis que tu as été trop laxiste et que tu vas faire de ton enfant un sale gosse pourri gâté (quand tu t’accuses d’avoir été trop dur, tu es convaincu au contraire que tu vas faire de ton marmot un pauvre petit martyr apeuré). La culpabilité est un sentiment que je ne connais déjà que trop bien, mais là, ça prend des proportions, et c’est quand même vraiment très, très fréquent. Dur.

Il faut garder l’enfant occupé tout le temps, toujours capter son attention à tout instant (et ces foutus petits crétins se lassent d’un jouet encore plus vite que ce qu’on peut penser, genre en quelques minutes ça suffit, il n’y touchera plus jamais). Tu tâtonnes sans cesse, tu essaies des trucs, ça marche ou pas, quand ça marche ça peut ne marcher qu’une seule fois ou deux, tu expérimentes.

Tu apprends parfois à lâcher prise sur certaines choses (bon, au pire, si je le laisse faire ça, tant pis, ça ne sera pas si grave et son éducation ne sera pas foirée) et au contraire sur d’autres choses tu vas devenir rigide (exemple, le langage : « c’est le livre à Maman », c’est NON. C’est « le livre DE Maman », et je le lui répète 800 fois par jour, et je ne lâcherai pas). Il faut s’adapter en permanence à des paramètres qui changent de jour en jour (il n’y a encore pas si longtemps, ma fille ne savait pas ouvrir les portes elle-même…maintenant, elle sait ; ça a été quasiment du jour au lendemain, comme tous les autres progrès qu’elle a faits ; eh bien, c’est CHIANT laissez-moi vous le dire).

Bref, non ce n’est pas QUE du bonheur. C’est AUSSI du bonheur, mais ce n’est pas que ça, arrêtons avec cette légende. Quand ses grands-parents la prennent quelques jours, j’exulte : enfin un peu de repos ! Bon débarras !

…et en fait, elle me manque. Terriblement, follement. J’ai besoin d’elle. J’ai besoin de la voir, de voir comme elle est belle, comme elle respire la santé, la vie. J’ai besoin de sentir son odeur, dans ses cheveux, dans son cou. J’ai besoin d’entendre sa voix m’appeler Maman. Même essuyer ses fesses dégueulasses me manque. On est à la limite du syndrome de Stockholm en fait. Je ne peux pas me passer de cette foutue gamine insupportable. Je chante ses louanges à qui veut l’entendre, elle est non seulement très belle mais aussi très intelligente, et je vous jure que c’est vrai, je ne dis pas ça juste parce que c’est la mienne, elle m’épate chaque jour tellement elle est vive et futée. Et quand elle nous fait des câlins, elle a cette façon bien à elle de serrer ta tête contre elle, ses petites mains potelées dans ta nuque, puis elle s’arrête un instant et recule sa tête pour plonger ses yeux dans les tiens en souriant, puis elle recommence à te serrer, puis elle te re-regarde, puis elle te re-serre. C’est dingue de se dire que c’est toi qui l’as créée, et que pour autant elle n’est pas à toi, elle est une personne à part entière, avec ses goûts et sa personnalité.

Ce n’est pas que du bonheur non, mais c’est un bonheur, et une forme de bonheur à part. Profond. Un bonheur qu’on ne peut pas tellement expliquer avec des mots, et je suis désolée pour ce passage cucul, mais je voulais juste être sincère. Un bonheur des tripes, du ventre, du cœur, un truc intense et assez fou. Il y a des petits instants de grâce, des émerveillements, des trucs que je n’avais jamais connus de ma vie même dans les meilleurs moments. Ça ne se compare pas avec quoi que ce soit, c’est juste… C’est. Cela est.

Alors, bon… y a du génial et de l’affreux, quoi. Pour moi le génial l’emporte, et c’est pour ça que je me trouve bien comme ça, mais ça ne m’empêche pas de voir les choses comme elles sont, imparfaites, forcément.

Je terminerai en vous ordonnant d’aller lire ceci, qui résume tout ce que je viens de dire de façon très juste et amusante : http://www.smbc-comics.com/index.php?id=3693

Sale môme.

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