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Archive pour la Catégorie 'Moi, ma vie, mon oeuvre, mon camembert'

Observations personnelles sur ce que c’est qu’être parent

Alors, ça fait quoi ? C’est comment ? Honnêtement hein, sans rien cacher, tu peux tout nous dire. C’est si bien que ça ? « Que du bonheur », comme disent les émissions de télé ? Ou alors un enfer sur terre ?

J’ai le sentiment que les nullipares (pardonnez-moi mes amis pour ce mot atroce !) sont parfois curieux de tout ça, tout ce truc mystérieux et banal à la fois, la vie de parent. Comment est la vie, et comment te transformes-tu, toi, en tant que personne, quand tu t’es reproduit et que tu assumes la responsabilité de l’être humain que tu as créé. Je comprends parfaitement cette curiosité, et je voulais m’amuser à donner mes quelques impressions ; bien sûr elles sont tout à fait personnelles, et ne résultent que de ma bien faible expérience de mère d’un seul enfant, âgé de même pas deux ans.

On entend des clichés, des lieux communs, des grandes phrases larmoyantes sur l’amour absolu et le bonheur enfin trouvé.

En un sens elles sont vraies, mais évidemment, cela n’interdit pas les nuances !

Je n’ai jamais autant compris les gens qui ne veulent pas avoir d’enfant. Non pas parce que je regrette moi-même d’en avoir eu un (ça serait bête vu que j’attends le deuxième), mais parce que maintenant, je sais. Si tu n’es pas prêt à 100% à sacrifier ta liberté (au profit d’un profond bonheur on est d’accord ! mais d’une autre nature…bref), ne le fais pas. Vraiment.

En fait, on a beau te dire « tu verras, c’est du boulot », « tu verras, c’est pas facile », « tu seras crevé tout le temps », le fait est que, tant que tu ne l’as pas vécu, ça reste quand même abstrait, même si tu fais des efforts pour te le représenter.

Je croyais connaître ce que c’est qu’être débordé, ne pas avoir de temps pour soi ? Hahahahahaha.

Je croyais savoir ce que ça fait d’être inquiet pour quelqu’un qu’on aime ? Hahahahahahahahahaha.

Je croyais connaître la fatigue ? HahahahahahahahahahahaHAHAHAHAHAHAHAHAHAH….. (bref, vous avez compris l’idée).

Être sur le qui-vive 24h/24 (littéralement. C’est-à-dire que même en pleine nuit quand je dors profondément, si jamais l’enfant émet un petit éclat de voix fugace de l’autre côté de la cloison, instantanément je m’éveille, les sens en alerte, tout entière tendue vers la source de ce faible bruit tel un chien de chasse à l’arrêt.) induit en effet une forme nouvelle de fatigue, que je ne connaissais pas, à la fois physique et psychologique. Tu ne peux souffler que le soir quand tu as couché le mioche, et encore, tu sais que s’asseoir sur le canapé se fait au détriment de la lessive ou de vider le lave-vaisselle.

La liberté d’aller et venir à sa guise disparaît. Partir en week-end à l’improviste, aller se faire un resto, prévoir quoi que ce soit même la plus insignifiante des sorties… dans le meilleur des cas on s’organise soit pour emmener le mioche (et alors, bon courage une fois sur place, hin hin) soit pour le faire garder (bien plus facile à dire qu’à faire quand on n’a personne sous la main comme c’est notre cas la plupart du temps), soit on y renonce.

On me disait souvent qu’être parent, c’était être inquiet tout le temps. Je ne dirais pas ça. Je dirais que, quand on est inquiet (pas tout le temps non plus, faut pas exagérer), on n’est pas inquiet. On est terrorisé. Une fois, je suis allée avec ma fille descendre les sacs du tri sélectif. Les conteneurs sont situés en bas de l’immeuble au bord de la route. Après lui avoir copieusement intimé de rester collée à moi, j’ai entrepris de vider les bouteilles en verre et autres plastiques et cartons. J’ai dû la quitter des yeux environ 1 seconde et demie, pendant laquelle elle a disparu de mon champ de vision. Eh bien je peux vous dire, avant que je ne la revoie (allez disons, environ une autre seconde et demie plus tard), là comme ça sur le bord de la route sans voir mon enfant, j’étais dans un état de terreur absolue, profonde, viscérale. Non, on n’est pas juste inquiet quand on est parent. On est beaucoup plus que ça.

Tu te sens coupable tout le temps, pour un oui pour un non, pour la manière dont tu as répondu un peu sèchement, ou pour la sévérité dont tu as fait preuve en telle occasion, ou au contraire quand après coup tu te dis que tu as été trop laxiste et que tu vas faire de ton enfant un sale gosse pourri gâté (quand tu t’accuses d’avoir été trop dur, tu es convaincu au contraire que tu vas faire de ton marmot un pauvre petit martyr apeuré). La culpabilité est un sentiment que je ne connais déjà que trop bien, mais là, ça prend des proportions, et c’est quand même vraiment très, très fréquent. Dur.

Il faut garder l’enfant occupé tout le temps, toujours capter son attention à tout instant (et ces foutus petits crétins se lassent d’un jouet encore plus vite que ce qu’on peut penser, genre en quelques minutes ça suffit, il n’y touchera plus jamais). Tu tâtonnes sans cesse, tu essaies des trucs, ça marche ou pas, quand ça marche ça peut ne marcher qu’une seule fois ou deux, tu expérimentes.

Tu apprends parfois à lâcher prise sur certaines choses (bon, au pire, si je le laisse faire ça, tant pis, ça ne sera pas si grave et son éducation ne sera pas foirée) et au contraire sur d’autres choses tu vas devenir rigide (exemple, le langage : « c’est le livre à Maman », c’est NON. C’est « le livre DE Maman », et je le lui répète 800 fois par jour, et je ne lâcherai pas). Il faut s’adapter en permanence à des paramètres qui changent de jour en jour (il n’y a encore pas si longtemps, ma fille ne savait pas ouvrir les portes elle-même…maintenant, elle sait ; ça a été quasiment du jour au lendemain, comme tous les autres progrès qu’elle a faits ; eh bien, c’est CHIANT laissez-moi vous le dire).

Bref, non ce n’est pas QUE du bonheur. C’est AUSSI du bonheur, mais ce n’est pas que ça, arrêtons avec cette légende. Quand ses grands-parents la prennent quelques jours, j’exulte : enfin un peu de repos ! Bon débarras !

…et en fait, elle me manque. Terriblement, follement. J’ai besoin d’elle. J’ai besoin de la voir, de voir comme elle est belle, comme elle respire la santé, la vie. J’ai besoin de sentir son odeur, dans ses cheveux, dans son cou. J’ai besoin d’entendre sa voix m’appeler Maman. Même essuyer ses fesses dégueulasses me manque. On est à la limite du syndrome de Stockholm en fait. Je ne peux pas me passer de cette foutue gamine insupportable. Je chante ses louanges à qui veut l’entendre, elle est non seulement très belle mais aussi très intelligente, et je vous jure que c’est vrai, je ne dis pas ça juste parce que c’est la mienne, elle m’épate chaque jour tellement elle est vive et futée. Et quand elle nous fait des câlins, elle a cette façon bien à elle de serrer ta tête contre elle, ses petites mains potelées dans ta nuque, puis elle s’arrête un instant et recule sa tête pour plonger ses yeux dans les tiens en souriant, puis elle recommence à te serrer, puis elle te re-regarde, puis elle te re-serre. C’est dingue de se dire que c’est toi qui l’as créée, et que pour autant elle n’est pas à toi, elle est une personne à part entière, avec ses goûts et sa personnalité.

Ce n’est pas que du bonheur non, mais c’est un bonheur, et une forme de bonheur à part. Profond. Un bonheur qu’on ne peut pas tellement expliquer avec des mots, et je suis désolée pour ce passage cucul, mais je voulais juste être sincère. Un bonheur des tripes, du ventre, du cœur, un truc intense et assez fou. Il y a des petits instants de grâce, des émerveillements, des trucs que je n’avais jamais connus de ma vie même dans les meilleurs moments. Ça ne se compare pas avec quoi que ce soit, c’est juste… C’est. Cela est.

Alors, bon… y a du génial et de l’affreux, quoi. Pour moi le génial l’emporte, et c’est pour ça que je me trouve bien comme ça, mais ça ne m’empêche pas de voir les choses comme elles sont, imparfaites, forcément.

Je terminerai en vous ordonnant d’aller lire ceci, qui résume tout ce que je viens de dire de façon très juste et amusante : http://www.smbc-comics.com/index.php?id=3693

Sale môme.

# Moi aussi

A l’été 2009, Blur a donné un concert géant en plein air, à Hyde Park, à l’occasion de la reformation du groupe –ou du moins, à la fin d’une longue période de silence qui ressemblait un peu trop à une séparation. Autant vous dire que j’étais excitée comme un yorkshire et que c’est en pleurant littéralement de joie que j’ai acheté mon billet sur Internet.

C’était l’été où j’ai eu 22 ans, j’étais célibataire après m’être fait briser le cœur quelques mois auparavant, et la vie commençait à avoir un petit goût de liberté fort exaltant. Dans mon équipée londonienne, celle que je considérais à l’époque comme ma meilleure amie -appelons-la Cunégonde- m’accompagnait, cerise sur un gâteau déjà prometteur. Pensez ! Londres ! Le rock’n’roll !

Il faisait très chaud, nous nous sommes baladées à Brick Lane, à Camden, sur Oxford Street. Le concert ? Parfait, évidemment. Fan hardcore du groupe comme vous le savez –contrairement à Cunégonde d’ailleurs- je connaissais par cœur le moindre mot de la moindre chanson, et je ne me privais pas de m’époumoner avec la foule (si mes souvenirs sont bons, nous étions environ 60 000).

Un autre soir lors de cette escapade anglaise, j’ai été victime de ce qu’il faut bien appeler –je ne mets ces mots sur ce souvenir qu’aujourd’hui- une agression sexuelle. Avec Cunégonde, nous avions pris un verre dans un bar, rencontré deux Anglais sympas, atterri avec eux dans une boîte de nuit –ou un autre bar plus dansant, je ne sais plus bien. C’est drôle d’ailleurs, je ne garde que peu de souvenirs précis de cette soirée, juste quelques flashes… Je me souviens que je portais ma robe d’été bleue que j’adorais, un peu dos-nu, à la jupe ample qui tournait. Nous nous faisions gentiment draguer par les deux jeunes types en question, et c’était agréable : qui n’aime pas plaire ? Et puis, je conversais en anglais, ce qui m’arrivait trop rarement à mon goût et que j’ai toujours aimé. Certes, celui des deux qui avait jeté son dévolu sur moi ne me plaisait pas plus que ça physiquement, mais quelle importance, c’était bon enfant, flatteur, ça ne portait pas à conséquence.

Je me souviens cependant avoir décidé en mon for intérieur de cesser de boire de l’alcool à partir d’un certain moment –avant d’être ivre justement. J’ai laissé mon verre dans un coin et n’y ai plus touché ; le type –un grand roux- me resservait, mais je ne buvais pas, en essayant toutefois de garder cela discret.

Les deux compères étaient à Londres pour quelques jours et partageaient une chambre d’hôtel. Cunégonde et son soupirant –Alex, ça me revient- se sont éclipsés sans autre forme de procès (elle m’a vaguement dit un truc comme « Bon, ça va aller hein ? Allez, à plus tard » avant de me laisser avec l’inconnu roux, dans un lieu inconnu d’une grande ville inconnue).

De fil en aiguille, le fameux roux m’a entraînée jusqu’à son hôtel, je commençais à protester que je ne voulais pas monter prendre un dernier verre, non merci, mais il singeait les prétendants éconduits, « You’re horrible to me », il me traînait par la main, alors, je ne sais pas, difficile de faire autrement sur le coup, je suis montée, me promettant de déguerpir fissa sans qu’il se passe quoi que ce soit avec ce type.

La porte s’est ouverte sur un couple nu sur le lit, Cunégonde et Alex venaient manifestement tout juste de terminer leurs affaires, mais à peine mes yeux avaient-ils eu le temps de voir ce gênant spectacle, que le roux m’empoigna manu militari vers la petite salle de bains et ferma la porte, la pièce étant totalement noire. C’est là que ça a eu lieu, son insistance, mes refus acharnés, ses mains et sa bouche partout sur moi, qui me débattais, en proie à la panique car dans le noir complet, je ne savais même pas par où m’enfuir, où était cette foutue porte.

L’énergie du désespoir a heureusement guidé mes mains vers la poignée de la porte.

S’est ensuivie une fuite éperdue, en courant, à travers les rues de la ville. En pleine nuit, les rues inconnues de cette grande ville inconnue, et à ce jour j’ignore encore totalement comment j’ai réussi à retrouver l’auberge de jeunesse où nous séjournions Cunégonde et moi. Elle ne se trouvait pourtant pas si près. J’ai couru longtemps…

Je n’ai jamais raconté ce souvenir à personne pour deux raisons. D’abord, parce que j’en ai toujours minimisé la gravité –après tout, je ne me suis pas fait violer- et ensuite, parce que je me sentais responsable de ce qu’il m’était arrivé –à cause de la robe, à cause de mes sourires, à cause de mon attitude dans ce bar et dans cette boîte. Je m’étais d’abord laissé draguer, c’est vrai. C’était de ma faute.

Tout cela trouve un écho aujourd’hui dans tout ce que l’on peut entendre, et je m’en veux presque de mettre ma petite histoire idiote sur le tapis précisément aujourd’hui, surfant sur la vague, cédant à une mode.

Il ne faut pas que ça ne soit qu’un simple mode.

Au-delà des « me too » et autres « balance ton porc », je crois que ce qu’il faut retenir, ce qui est important, c’est que des histoires comme ça, je ne connais pas une seule fille ou femme qui n’en ait pas au moins une, à des degrés de gravité divers certes. On s’y est habitué au fil des siècles, on trouve cela presque normal, on n’en parle pas…on se sent coupable, aussi. Le nombre des témoignages est ahurissant et donne la mesure du problème. Hélas, les mentalités sont bien ancrées (y compris chez les femmes d’ailleurs, d’où cette honte et ce sentiment de culpabilité) et mettront probablement encore beaucoup de temps à changer.

Je voudrais que me fille ne vive jamais cela…cette peur qui noue le ventre, la peur que dans les instants qui suivent on porte atteinte à son intégrité physique, qu’on la salisse. S’il y a une formule très cliché que j’ai volontiers reprise à mon compte, c’est bien celle-ci : la honte doit changer de camp.

Et donc, quid de la ponte?

J’ai finalement opté pour un mouche-bébé manuel à aspiration, le modèle de base à trois francs six sous. A « aspiration », oui (ceux qui ne seraient pas au courant du fonctionnement de l’engin vont googler la chose et trouver tout cela follement glamour !). « A trois francs six sous », oui (je vais devenir mère, autant que j’arrête de vouloir passer pour une petite fraîcheur) (HUMOUR)

On se contremoque de cette information, mais c’était faute d’entrée en matière pertinente… Cela fournissait au moins une sorte d’accroche… Et qui sait, peut-être la fin d’un insoutenable suspense pour les fans les plus hardcore de ce blog (HA HA HA). En tous cas, une façon d’éviter le traditionnel étalage d’excuses pour ne pas avoir posté pendant des mois.

Me voilà donc dotée d’une sorte d’énorme ballon sur le devant du corps, et officiellement en période de dépassement de terme, ma fille étant prévue pour hier. Te presse pas surtout hein, et continue à bien gigoter et m’envoyer des coups histoire de tester les capacités –incroyables il est vrai- de distension des tissus humains ! Jeune péronnelle.

Blague à part, la question qui m’est souvent posée ces jours-ci (si on excepte les innombrables « ALOOOOORS ??? ») c’est de savoir comment ça fait. Ce que ça fait. De se dire que quoiqu’il arrive, d’ici quelques minuscules jours, on sera parent. Pas « mère », terme si chargé psychologiquement et culturellement qu’il en devient tarte à la crème et casse-gueule, mais bien « parent », plus neutre, le fait de devenir une personne « avec enfant(s) » quoi.

Vous allez être déçus : ça ne me « fait » rien.

Non pas parce que je considère ce passage d’un état à un autre comme peu important, évidemment que c’est un truc incroyable, c’est d’ailleurs une idée que j’ai encore du mal à appréhender : dans quelques jours, le « moi » d’avant, qui a vécu pendant 29 ans avec cette identité, sera mort. Il sera remplacé par le « moi » d’après. Qui est bien évidemment, rigoureusement la même personne, du moins en termes de caractère, goûts, etc, mais qui sera autre : qui sera parent. Et qui ne sera donc plus la même personne quand même, j’en reviens là. Bon d’accord ça n’a pas grand sens, mais vous comprenez sans doute ce que je veux dire, et c’est vrai que c’est perturbant, du point de vue en tous cas de ma relation avec mes proches (la Juju d’avant morte ??? Mais quelle horreur !!! Oui, je ne suis pas toute seule dans ma tête, on peut le dire).

Bon donc si, ok, ça me « fait » quelque chose, c’est-à-dire ce que je viens de décrire, mais à part ça, rien. Je ne me dis pas que ce sera une merveilleuse épiphanie avec un grand E. Ni au contraire un basculement dans un enfer sans fin (encore heureux…). Je n’arrive pas à me figurer ce que va être cette sensation, la fameuse qu’ils te décrivent tous, cet amour totalement sans limites, ce bonheur absolument dingue et en même temps ces doutes abyssaux, cette inquiétude de chaque instant pour ton enfant, cette volonté chevillée au corps de lui donner toujours le meilleur et de toujours bien faire. Ce sont des mots forts, mais ce ne sont que des mots pour moi, à ce stade.

Je sais déjà confusément que pour son père et moi, ce sera une sacrée aventure, que nous allons nous ronger les sangs sans cesse, que cette personne que nous aurons créée sera le nouvel amour de notre vie (sans pour autant pousser les autres dehors, mon cœur étant, tout comme la peau de mon ventre aujourd’hui, bigrement extensible). Je me doute déjà que, quels que soient les efforts et les soins constants que nous y mettrons, il nous arrivera de faire les choses de travers, de faire des erreurs, que par moments elle va nous détester. Qu’un jour elle nous laissera derrière elle comme de vieilles chaussettes (cela dit nous resterons ses parents donc elle continuera à nous aimer quand même, gniark gniark). Mais tout cela est bien flou aujourd’hui, et basé sur des ouï-dire, que je crois plutôt fiables il est vrai.

En fait, c’est juste que je ne me projette pas. Mais alors pas du tout, c’est-à-dire même pas dans une heure, limite. C’est lié en partie à ma situation du moment (l’histoire de l’accouchement qui tarde à venir, et dont j’ai le sentiment désespérant qu’il n’arrivera JAMAIS), mais aussi évidemment au fait que je me protège moi-même contre des tas de pensées qui pourraient survenir et me terroriser : je tiens tout cela bien à distance. Je me dis juste « qui vivra verra » et autres « à chaque jour suffit sa peine » (vous avez percé mon secret à jour, j’adore les vieux proverbes et la sagesse populaire, décidément c’est raccord avec le « trois francs six sous » du début !). Pareil pour toutes les questions sur les choix éducatifs, le degré de sévérité et de cool, tout ça, cela me fait si peur, j’ai tant vu de sales mioches mal élevés que ça m’en a traumatisée (vraiment) et en même temps, ma grande crainte est que nous n’arrivions pas à faire mieux…. BREF j’arrête de gamberger là-dessus, vous voyez un peu ce que ça donne J

Jour après jour, on va gérer au mieux. Le reste n’est que littérature !

La quiche est au four

Ce qui devait arriver arriva, me voilà donc en attente d’un heureux évènement, selon la formule consacrée.

En dehors du maelstrom d’émotions, de peurs, de questionnements divers que cela soulève, cela vous fait entrer dans un monde parallèle étrange, une sorte de paradis de la cucuterie, j’ai nommé le merveilleux petit monde des femmes enceintes.

Et je vous prie de la croire, je n’exagère pas quand je dis qu’on est propulsée à son corps défendant dans une autre dimension. Alors bien évidemment, je parle en fait plus précisément d’une combinaison explosive, à savoir enceinte + Internet.

Déjà, il faut savoir que, on a beau se targuer d’être une adulte rationnelle avec la tête sur les épaules et qui ne s’en laisse pas conter, eh bien on a quand même à chaque minute des milliers de petites questions dans la tête, sur tout et n’importe quoi (je peux manger du thon en boîte? du parmesan? des avocats-crevettes? quand est-ce que ça se voit? quand est-ce qu’on le sent bouger? à quel moment l’annoncer et comment? il fait quelle taille et quel poids à tel moment? est-ce que c’est normal si… etc, etc). Et le moindre détail qu’on ne connaît pas et qu’on veut connaître est une source d’angoisse : après tout, il ne s’agit plus de se préoccuper seulement de sa propre personne, mais d’une autre en devenir, extrêmement fragile encore, et on veut à tout prix bien faire.

Du coup, eh bien on a beau ricaner devant les niaises qui vont sur les forums Doctissimuche ou Aufeminin point conne, on se retrouve à faire pareil, puisque quand vous tapez dans Google « enceinte puis-je manger de l’omelette un peu baveuse », les résultats vous amènent fatalement dans ces antres de la cassocerie que sont les sites/forums énoncés plus haut.

Et là, c’est le festival.

Non parce que la « posteuse » type de ce genre de sites semble être Cindy, « maman à plein temps » de 32 ans, 6 enfants (elle a commencé à 16 ans aussi faut dire) prénommés Elyannah, Timéo, Mattenzo, Maddison, Djoulian et Kaïlys, habitant à Béthune, et qui dans la vie a deux passions, les récits d’accouchement et le stylisme ongulaire.

Notre amie Cindy parle une langue qui semble ne pas être du français. Déjà parce qu’elle a arrêté ses études à la fin du collège (ce qui se ressent quelque peu dans la qualité de sa prose qui déclenche des saignements d’yeux), mais aussi parce qu’il y a un vocabulaire spécifique aux forums de mômans. Et sur ce dernier point, il semble que même les mères un peu moins cas soc’ que Cindy se laissent embringuer dans le délire.

Ne dites pas « mon fils aîné » mais « bb1″, « gynécologue » mais « gygy », « mon compagnon » mais « zhom », « rapports sexuels conjugaux dans le but d’avoir un enfant » mais « les TP », « menstruations » mais « les rrr » (variante : « les vilaines »)… Egalement, ne désignez pas votre enfant autrement que par les termes « mon loulou » (garçon) ou « ma princesse » (fille) ou encore « le pti bou ki grandit ds mon bidou » lorsqu’il s’agit encore d’un fœtus.

Tout un monde s’ouvre à vous, fait de récits d’accouchement totalement impudiques et plus ou moins gore, idem pour l’allaitement et tout ce qui est suites de couches. Tout un monde où les débats les plus brûlants portent sur quelle poussette choisir, faut-il mettre un tour de lit ou pas, pour ou contre le stérilisateur à biberons, comment résoudre les problèmes de tête plate, comment remédier aux engorgements mammaires, lingettes ou pas lingettes lors du changement de couches, écharpe de portage ou porte-bébé physiologique.

Et toi tu es là, la primipare, qui -comme je l’ai dit plus haut- veut juste faire au mieux et c’est tout, et tu as l’impression que cet univers dégoulinant de cucuterie et d’impudeur veut t’aspirer pour te transformer en Cindy, tu as l’impression aussi que la naissance c’est encore une occasion rêvée de te faire consommer à donf (vous avez vu le prix des poussettes? c’est assez drôle) alors que ça fait des millions d’années que des femmes mettent au monde des enfants sans avoir de mouche-bébé électrique. Certes, mais pour avoir regardé une démo sur YouTube (oh mon Dieu, je deviens Cindy!) bah c’est quand même vachement pratique un mouche-bébé électrique….

Tu finis par fermer ton ordinateur, par balayer toutes ces pensées, et par te recentrer sur l’essentiel : pour le reste, on verra bien.

 

 

Et voilà qu’arrive le soleil

Tiens, salut vous, ça faisait longtemps…OUI, JE SAIS. Quiconque me connaît un peu connaît ma propension à la paresse, le manque de nouvelles notes sur ce blog vient directement de ce petit (gros?) travers que j’ai toujours eu. Mon immense lectorat me réclamant à corps et à cris quelque chose à se mettre sous l’œil sur Ephélides, je m’exécute enfin.

C’est en lisant une note récemment publiée sur le blog de mon beau-frère que j’ai eu l’idée de mon sujet du jour.

Le 29 novembre 2001, et pardon pour la phrase ridiculement solennelle que je suis en train d’écrire, est une date dont je garderai toujours le souvenir. Il me semble que c’est en regardant les Guignols de l’info à la télévision que j’ai appris la nouvelle : George Harrison venait de mourir, emporté (encore un…) par une foutue saloperie de cancer.

J’ai instantanément fondu en larmes, et me suis précipitée au rez-de-chaussée dans la cuisine, où ma maman préparait alors notre dîner , pour lui annoncer cette triste information, le nez morveux, la joue trempée et la voix étranglée. Ma tristesse a paru l’étonner quelque peu (elle savait pourtant que j’étais fan des Beatles, j’avais déjà à l’époque conquis de haute lutte le droit d’afficher dans ma chambre d’ado deux posters, et c’était deux posters des Fab Four). « Mais ma chérie, ça c’est plutôt de mon époque! » avec le doux sourire de la personne certes quelque peu amusée, mais toutefois sensible au chagrin sincère de son interlocuteur. Je lui répondis que ça ne m’empêchait pas d’adorer l’artiste, et elle eut alors les mots appropriés pour me réconforter : il laissait une œuvre, une trace indélébile (et quelle trace!) de son passage sur Terre, son souvenir resterait pour toujours.

George Harrison… le bonhomme avait la super-classe. Tenez, si un jour d’aventure vous avez envie de vous sentir complètement nul, vous pouvez jouer à « Que faisait George Harrison à mon âge? » : lorsque les Beatles se sont séparés, il avait à peine 27 ans. Plus jeune que moi donc, par exemple. VINGT-SEPT ANS, c’est-à-dire que lorsqu’il a pondu des chefs-d’œuvre pas possibles, le type était PLUS JEUNE que ça.

Quand on me demande de citer une chanson, une seule, des Beatles (oui je suis désolée, contrairement au beau-frère susnommé, je me focalise ici sur cette partie-là de la riche carrière du George), bon alors d’abord s’il vous plaît ne me faites jamais ça car le choix est abominable, eh bien je finis toujours par garder Here comes the sun. Elle me rend véritablement heureuse lorsque je l’écoute. Parfois je pourrais en pleurer d’attendrissement. Quel bijou, quelle merveille…

Et Something, qui a quand même été qualifiée de  »plus belle chanson d’amour de tous les temps » par Frank Sinatra lui-même (il s’y connaissait un peu, en plus), c’est terrassant de beauté aussi. While my guitar gently weeps. Sa voix, délicate, différente et complémentaire de ses acolytes Lennon/McCartney, témoigne du fait que le type n’était pas seulement bon à la guitare. Et puis, il avait de l’allure, avec ce côté dégingandé, ses tenues parfois improbables qu’il portait toujours avec panache, mais sans avoir l’air de jouer les stars.

Je crois qu’il a dit un jour « On m’appelle le Quiet Beatle…c’est plus par rapport à John et Paul qui ont de très grandes gueules » : sans doute n’était-il pas si effacé qu’on veut bien le croire, au contraire, il fallait probablement avoir un sacré tempérament pour arriver à exister avec des individualités qui prenaient autant de place. C’était le plus jeune des quatre, d’ailleurs Paul avait eu ce fameux 29 novembre un joli mot sur son compère, disant (je crois) qu’il l’avait considéré comme son petit frère (ils étaient amis d’enfance).

Que de pensées décousues, empilées ici à la va-comme-je-te-pousse…Excusez-moi, je tenterai de faire mieux la prochaine fois! J’ai juste eu soudain cette envie de parler de George, le Quiet Beatle, qui avait du génie, et qui semblait être un être humain digne d’être connu.

 

 

Intermède

C’est un endroit qui ne ressemble ni à la Louisiane (en tous cas l’idée que je m’en fais) ni à l’Italie. Et pourtant, la chanson aurait pu être écrite pour cet endroit, ou un endroit comme celui-ci.

Il y a des amplis dans les recoins, des chaussures, des piles de livres qui soutiennent des lampes, il y a des sacs et des cartons, il y a des fruits, de la vaisselle, un coin pour se reposer sur un édredon coloré sous les fenêtres -comme ça, on peut avoir le nez dans les nuages.

Tout est de bric et de broc, de guingois, la vaisselle est dépareillée, ébréchée, les choses hétéroclites, usées. Le bric-à-brac garde pour toujours, a toujours gardé, cette odeur qu’on ne trouve qu’ici, mélange de feu de bois, de terre, de pommes mûres, d’humidité, d’herbe, de pierre, de papier, d’affaires humaines, de poussière, d’hortensias.

En haut traînent des choses vieilles de plusieurs décennies, des objets ayant appartenu à des membres de ma famille ou à des vieux amis, dont certains ne sont plus là. Et des objets qui m’ont appartenu lorsque j’étais enfant, comme la petite cuisine de plastique bleu qui jaunit tranquillement, ou la blouse de plastique aux couleurs criardes que j’avais à l’école pour peindre.

Nous ne construisons plus de cabanes sur la plateforme de l’escalier. Nos pieds l’ont usé année après année, lui qui était tout neuf, on en voit les traces.

En haut il y a le vieux tapis, les cassettes audio de rock, le landau de poupée qui prend une place folle -un landau 1900 que ma mère et ma tante avaient petites. Dedans, on mettait parfois une poupée dont je n’aimais pas l’odeur.

J’avais toujours peur que les lattes brutes du plancher ne me laissent des échardes dans les pieds.

Blur, ou comment enchaîner les chefs-d’oeuvres l’air de rien

The Great Escape fut donc le deuxième disque de Blur que j’écoutai.

Parenthèse : excusez-moi d’avance pour l’usage de ce passé simple assez pompeux, mais je raconte une histoire, et je trouve que ce temps est le plus adapté pour ça (hashtag ORIGINALITE). Mmmm attendez, je vais essayer le passé composé pour voir, c’est plus passe-partout.

The Great Escape a donc été le deuxième disque de Blur que j’ai écouté.

Bon, ça va, ça passe aussi, moins emphatique en plus, allez mettons que je m’autorise les deux.

Là encore, j’ai eu une révélation. The Universal me donne toujours la chair de poule quand je l’écoute aujourd’hui, Charmless Man est un bijou d’orfèvrerie pop, To The End (la version avec Françoise Hardy, piste bonus!) vous fait vous sentir complètement amoureux même quand vous êtes dans le RER C par un petit matin gris pour aller au turbin, He Thought Of Cars vous emmène dans un lointain voyage fantasmagorique, aucune chanson là-dessus n’est à jeter, pas même la gentiment WTF Ernold Same.

La suite, ce fut l’achat coup sur coup de Parklife et de Modern Life Is Rubbish (ô ce titre! ce titre!), à la Fnac Parly 2 où j’étais en compagnie de ma grand-mère (ce sont les petits détails inutiles qui donnent du sel aux belles histoires, non?). L’album éponyme aussi, celui à la couverture orangée.

Je ne saurais dire combien de milliers de fois j’écoutai tout ça en boucle, combien de larmes j’ai versées en écoutant You’re So Great (une des chansons d’amour les plus émouvantes que je connaisse). Badhead ou End Of A Century sont les hymnes tellement pertinents d’une génération fin-de-vingtième-siècle désenchantée (Mylène F. me pardonnera cet emprunt à son vocabulaire), This Is A Low vous fait dresser tous les poils du corps, Beetlebum sonne comme une gueule de bois avec une lueur d’espoir, Strange News From Another Star vous emmène dans les paysages lunaires d’Islande, Death Of A Pary suinte le malaise adolescent de façon terriblement juste. Sur MLIR, la si accrocheuse For Tomorrow avec ses la la la (une de leurs marques de fabrique, ces la la la délicieusement ironiques), Oily Water sur leurs lendemains de cuite difficiles (les mecs ne carburaient pas qu’à l’Evian), Advert et son ambiance de fourmilière urbaine, Villa Rosie avec tous ces jeunes paumés qui se rassemblent pour faire la fête parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer… Et puis toujours ces une-ou-deux chansons punk totalement hors de contrôle comme sur tous leurs albums, Albarn qui hurle (Chinese Bombs, Movin’On, Bank Holiday, Jubilee…) mais la mélodie, absolument parfaite, est toujours là. On peut toujours fredonner tout ça sous la douche, et mon oreille très pop est sensible à ce point primordial.

Avec la sortie de l’album 13, ce fut plus compliqué au début. C’est le premier des albums de Blur que j’ai acheté au moment où il est sorti, autant vous dire que j’étais frétillante comme une sardine fraîchement pêchée, c’était enfin mon moment. Tous les albums précédents étaient parus pendant mon enfance, j’avais rattrapé mon retard par la suite. Lorsque 13 est sorti, j’avais 12 ans. Je l’ai inséré religieusement dans ma mini-chaîne (celle-là même que j’avais reçue en cadeau pour mes 7 ans, cf épisodes précédents).

Et là, je ne dirais pas « déception », non, car je sentais bien que tout cela restait d’une grande qualité artistique. Simplement, pour une oreille pop de fille de 12 ans, les deux ou trois premières écoutes de cet album moins accessible sont un peu déroutantes. Il y avait de la recherche là-dessus, des frontières franchies, une volonté farouche de ne pas se laisser enfermer dans un son, dans une image, celle des gentils garçons pop qui chantent des la la la. Ils sont tellement plus que ça, mais ça on le savait déjà avant 13. Enfin, ils ont opéré une mue, sont devenus adultes, ont lâché les oripeaux britpop devenus hors de propos -ils ne prendront jamais une seule ride cela dit, je tiens à le dire au passage.

Cette petite perplexité fut passagère, et ne m’empêcha pas d’adorer l’album par la suite. Un album post-rupture absolument déchirant, qui tirerait des larmes à une pierre, mais qui pour autant ne sombre jamais dans le premier degré bébête du « ouin ouin j’ai le coeur brisé », qui garde toujours une classe, une distance, même quand on est au plus près de l’os. La chanson punk est toujours là, repère presque rassurant (B.L.U.R.E.M.I.), une beauté éthérée et bizarre nimbe Mellow Song ou encore Trimm Trabb. Coffee And TV, c’est la note d’espoir qui elle aussi est toujours présente quelque part; Tender, l’hymne à chanter à gorge déployée avec une bande d’amis qui jouent les durs et les marioles mais restent des humains gouvernés par leurs émotions. Tender c’est être terriblement amoureux d’une personne qui nous a quitté ou qu’on a quitté, c’est continuer à chanter quand même, à sourire quand même, comme le sang chaud de la vie qui coule malgré tout.

Ce lyrisme devient gênant, continuons.

Think Tank est l’album d’après, il est à part. Le guitariste Graham Coxon s’était barré avec pertes et fracas pour aller soigner ses problèmes d’addictions (la vie des rock stars), les relations dans le groupe étaient détériorées, il y avait un disque à enregistrer pour honorer un contrat. Malgré ces circonstances compliquées, l’album est bon. Les trois larrons restants sont allés l’enregistrer en partie au Maroc, et cela se sent, il y a des instruments un peu inhabituels, un peu exotiques. L’ambiance est sombre (Caravan, Battery In your Leg sont poignantes pour n’en citer que deux), mais la petite note d’espoir s’accroche indécrottablement. Sweet Song est une adorable berceuse à chanter à son petit enfant en lui caressant les cheveux (faites-moi penser à chanter doucement Sweet Song le soir à mes enfants lorsque j’en aurai). Crazy Beat, c’est la Song 2 de ce disque, un chien dans un jeu de quilles, du genre power pop vénère suffisamment mélodique pour passer en radio.

Maintenant que vous avez gaspillé un temps non négligeable de votre vie à lire le roman qui a précédé, laissez-moi vous dire ici à nouveau : A SUIVRE… vous pouvez reprendre vos activités!

Ca va, mais en fait non

Tout le monde et sa mère y a déjà été de son texte sur les attentats, moi-même j’ai longuement réfléchi au topo que j’allais pondre là-dessus. Mais je n’y arrive pas.

Ca fait maintenant une semaine que je vais au-devant de l’horreur, que je m’y plonge volontairement, en lisant tous les témoignages pétrifiants d’atrocité des rescapés, en regardant les infos, ça fait une semaine que je suis littéralement hypnotisée. Alors même que ça me fait énormément de mal de m’exposer à tout ça, j’y reviens sans cesse : hypnotisée, oui. Les jambes qui flageolent, une vague nausée permanente, les maux de ventre, la tête comme enveloppée de coton, les pieds qui semblent ne plus toucher terre et me portent tout seuls sans que je les commande vraiment.

Vas-y pour reprendre une vie normale après ça. Retourne au boulot, accomplis tes tâches quotidiennes, montre-toi de bonne humeur et souriante, comme d’habitude. Sauf que non… et pourtant, aucun de mes proches n’a rien eu, j’ai cette chance.

Vendredi soir, j’étais à une fête dans une grande maison à la campagne, les garçons regardaient le match de foot, puis les actus sont tombées. J’ai tout de suite envoyé des messages (galère totale vu le manque de réseau et le fait que je venais de péter mon téléphone) à mon papa, ma maman, ma petite sœur, mon petit frère. Ma mère m’a tout de suite appelée, elle n’avait pas encore eu les nouvelles (ils ont eu un petit retard à l’allumage sur France Inter apparemment). Les rassurer, rassurer ceux que j’aime, et bon sang tu te rends tellement compte dans ces moments-là à quel point tu les aimes.

En état de choc, j’avais le choix entre deux alternatives : rester scotchée à BFMTV et faire de mon week-end festif un voyage au bout de l’horreur, ou bien me mettre la cuitasse-les-bananas que j’étais venue me mettre avec mes potes. J’ai choisi délibérément la seconde option et suis allée danser comme une folle en hurlant sur toutes les chansons, les yeux fermés très fort, les poings serrés, en sueur. Comme une espèce de minuscule, dérisoire acte de résistance, je me suis forcée à m’amuser, à vivre pleinement.

Le retour à Paris le dimanche soir dans une atmosphère à couper au hachoir a été un moment plutôt désagréable, tout comme la reprise du boulot le lendemain matin -et le petit reste de gueule de bois n’y était pour rien, pour une fois.

Il y a un truc que j’ai ressassé ces derniers jours, c’est que j’aime mon pays. C’est abominablement cliché, on se croirait dans un film d’action américain avec tout le monde la main sur le cœur, mais c’est pourtant ce que je ressens : la France, c’est un pays de cons, parfois j’ai très envie d’en partir, mais c’est MON pays et je l’aime.

J’aime la France pour la Normandie. J’aime la France pour la Bretagne, j’aime la France pour l’Auvergne. Pour l’Ardèche, pour la Drôme. J’aime la France pour Paris aussi, un peu, parce que ça a beau être une grande ville toute polluée, ça reste une putain de belle ville. J’aime la France pour le fromage -évidemment! J’aime la France pour la tarte aux pommes et pour le vin, pour le bœuf bourguignon, j’aime la France pour le champagne -évidemment, bis. J’aime la France pour Emile Zola, pour Gustave Flaubert, j’aime la France pour Monet et Cézanne, pour Georges Brassens et pour 1789, pour les terrasses de café, pour le bon pain et l’odeur des croissants en passant devant les boulangeries le matin. J’aime la France pour son mauvais esprit, pour sa mécréance (j’aime la France pour la loi de 1905), j’aime la France pour l’apéro et pour les châteaux de la Loire.

Voilà exactement l’état d’esprit dans lequel je suis :

http://www.girlsandgeeks.com/2015/11/17/cetait-pas-moi/

Et voilà ce qui a bien failli me faire pleurer pour la énième fois (oui, je sais, toujours la même vidéo qu’on voit en boucle partout, le petit garçon et son papa trop mignons…) :

On dirait bien que j’ai fini par le pondre, ce topo personnel sur les attentats, d’une traite, ça c’est fait. Fluctuat nec mergitur, demain est un autre jour.

Loisir, par Flou

Je devais avoir 10 ou 11 ans, je crois plutôt 11. J’étais chez mon papa pendant des vacances scolaires, et cet après-midi-là je m’ennuyais. Pour m’occuper, il m’a donné un CD à écouter.

Sur la pochette, on voyait un visage de femme en photo, une jeune femme coiffée d’un bonnet de bain à fleurs, souriante et maquillée; les couleurs étaient un peu poussées, volontairement criardes, surtout le bleu omniprésent. En jaune, un logo tout en rondeurs annonçait ce nom : Blur.

Jusqu’à ce jour précis -et ce n’est pas une figure de style, il y a vraiment eu un avant et un après- mon rapport à la musique avait été tout autre.

Chez mes parents lorsqu’ils vivaient encore ensemble et que j’étais toute petite, puis chez ma mère, chez mon père, et aussi chez mon oncle où nous allions encore relativement souvent à l’époque, j’entendais souvent de la musique. Et même si alors j’aimais déjà ce que j’entendais, je ne me suis rendue compte que plus tard que c’était de la bonne musique : les Stranglers et Kate Bush dans mes tout premiers souvenirs, puis les Beatles, David Bowie, les Rolling Stones. J’entendais et ça ne m’était pas désagréable, mais je n’écoutais pas encore.

Pour mes 7 ans, on m’a offert une mini-chaîne, et mon papa m’a donné quelques CD, je crois qu’il y avait une compil de Sting, et aussi le CD 2-titres avec la valse de Chostakovitch qui passait en boucle à l’époque; je reçus également un CD de musiques Disney, qui a fait nos délices avec ma sœur pendant des années -il doit traîner encore chez notre mère, probablement tout rayé.

Puis, nous avons emménagé près de Bordeaux, à l’été 1995; et, je ne sais pas pourquoi, c’est à ce moment-là que j’ai commencé à écouter de la musique. Au moment de mes 8 ans donc. Or au début, ce ne fut pas glorieux : Pascal Obispo venait de sortir son célèbre « Tombé pour elle » dont je m’étais entichée et que j’écoutais en boucle. La face B du single était une chanson triste qui s’appelait, quelque chose comme « Ma consolation », et que j’écoutais religieusement en pleurant seule dans ma chambre car mon père me manquait abominablement. Mais l’été 1995 ce fut aussi la sortie de l’album « D’eux » de Céline Dion.

Ah, Céline Dion! J’étais complètement fan. Des heures et des heures entières à écouter sans cesse du Céline Dion, d’abord cet album ad nauseam, puis « On ne change pas » et autres « S’il suffisait qu’on s’aime ».

Donc, ce jour-là lorsque mon papa me donna « Leisure » à écouter pour me faire passer le temps, j’en étais là de mes goûts musicaux.

« Leisure » passe pour le plus mauvais, ou en tous cas le moins bon, album de Blur. Il n’empêche que son écoute me fit l’effet d’une claque, qui me retourna le cerveau définitivement. Je trouvai instantanément cette musique merveilleuse. Ces mélodies impeccables, ce son de guitare poisseux tout droit sorti d’une banlieue de briques rouges à l’accent cockney, ces coupes au bol, ces Doc Martens, cette voix aigre-douce, tout m’a séduite, tout m’a charmée.

Je réclamai aussitôt à mon papa de me faire écouter autre chose de ce groupe, il avait en stock l’album « The Great Escape », avec sa couverture bleue aussi, et ces bellâtres folâtrant sur un bateau dans une image façon brochure d’agence de voyages.

A suivre… (CLIFFHANGER!)

Mais au fait, t’es qui toi?

J’ai des taches de rousseur, j’adore le fromage et j’écoute principalement de la pop britannique des années 1960. Vous comprenez maintenant pourquoi ce nom de blog.

Je ne sais pas me garer y compris sur une place en épi, ni calculer le prix d’une fringue en solde sauf quand elle est à -50%, en revanche je suis relativement forte au Trivial Pursuit et aux blind tests.

J’ai la larme facile.

Je ne suis pas la dernière à balancer des vannes bien senties -et ce, avec un air de ne pas y toucher.

J’aime bien festoyer avec mes amis, mais aussi faire de longues balades en pleine cambrousse un peu comme Jane Eyre sur la lande battue par les vents.

Je préfère les chats aux chiens -même si j’aime toutes les bêtes.

J’ai développé une malencontreuse addiction aux biscuits Thé de Lu.

Je déteste les massages.

Ma saison préférée est l’été même si parfois il y a la canicule et que c’est chiant, surtout que je prends facilement des coups de soleil.

J’aime la Normandie.

J’ai horreur des débats politiques.

Je commence un blog parce que j’ai toujours eu envie d’écrire, sans jamais savoir précisément quoi (je ne compte plus le nombre de « débuts de roman » qui croupissent aux oubliettes), alors je crois que ça peut me mettre le pied à l’étrier d’une certaine façon.

J’ai souvent mal au ventre.

Je suis extrêmement indécise.

J’adore le champagne.




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